Titre provisoire :
“Nairobi
is not an art market, it’s an art farm”. Connexions et
déconnexions métropolitaines à Nairobi, Kenya
| Peterson Kamwathi dans son studio à Kiambu, octobre 2011 |
Résumé :
Depuis une décennie, Nairobi
présente une concentration singulière et inédite d’activités artistiques,
saluées par la critique comme une « Renaissance culturelle » à
l’échelle est-africaine. Pourtant, lors d’un entretien dans son studio en
périphérie de la ville, Peterson Kamwathi, figure majeure de l’art contemporain
kenyan, tournait en dérision l’idée qu’il y aurait un marché de l’art à
Nairobi. Selon lui, Nairobi serait plutôt une « ferme de l’art ». Pour
cet artiste qui fait le tour de l’Afrique et du monde pour participer à des
workshops, bénéficier de résidences et exposer à Johannesburg, Londres ou
New-York, cette métaphore agricole qui déprécie le poids de Nairobi est sous-tendue par un imaginaire
de la hiérarchisation spatiale de la production artistique. Pour
devenir marché, l’art produit à Nairobi se devrait d’être acheminé en dehors de
la ville. L’hypothèse que nous interrogeons est que la métropolisation conditionne
ces déplacements de la « ferme » au « marché ».
Le concept de « véhicule de
l’art », développé dans cet article, permet de rendre compte des modalités
et du sens des déplacements qui font le marché. A Nairobi, les artistes ont
longtemps usé d’un véhicule « domestique », c'est-à-dire œuvrant
directement pour une population expatriée vivant ou traversant la ville et répondant
à leurs sollicitations stylistiques et idéologiques. Ce véhicule a créé un
marché en circuit fermé. Aujourd’hui, pourtant, certains centres d’art ou
réseaux institutionnels développent des connexions entre la ville et la scène
mondiale de l’art. Ces connexions, archipélagiques et épisodiques, introduisent
un véhicule que l’on appellera « métropolitain », avec un agenda, un
langage et un modèle économique propre. Notre article propose d’étudier le
basculement entre le véhicule domestique et le véhicule métropolitain par l’angle
des pratiques spatiales d’artistes à Nairobi. Il s’agira de se demander comment
les artistes s’inscrivent dans des véhicules de l’art par leurs pratiques quotidiennes
et leurs trajectoires professionnelles. Plus largement, on cherchera à comprendre comment une
grande ville au Sud, marginale sur la carte mondiale de l’art, se branche et
fait exister ces échelles métropolitaines.
Mots-clés : véhicules
de l’art, pratiques spatiales, métropolisation, art contemporain, Nairobi
Olivier Marcel, octobre 2011


